Fanm Djok, une collaboration avec Saly D, en hommage à 4 femmes martiniquaises militantes

Fanm Djok, une collaboration avec Saly D, en hommage à 4 femmes martiniquaises militantes

Invitation au Lab de Saly

“Tout est parti de la volonté de Saly de partager un espace, un support au nom de la création avec son concept “Welcome to my Lab”.
Cette collaboration est tout d’abord née de cette relation amicale artistique naissante avec Saly, puis de cette envie commune de partager, de s’entraider et d’artistiquement grandir ensemble. C’est d’ailleurs pour cela qu’au moment où Saly a proposé, j’ai tout de suite accepté sans avoir besoin de réfléchir au préalable. Cela s’est fait tout naturellement.”
– Lauwaart

Echanges et questionnement

Comment lier et imbriquer les deux univers de manière cohérente et équitable? 
Comment donner une forme artistique à des affinités humaines ?

“Admirative de la technique et des différentes techniques de Lauwaart, j’ai d’abord eu envie d’apprendre à connaître ses méthodes de travail. Nous avons beaucoup discuté de nos façons respectives d’aborder l’art. J’ai découvert chez Lauwaart à ce moment-là une réelle discipline, une curiosité et une polyvalence qui m’ont beaucoup inspirée. L’idée de collaborer sur une œuvre est finalement arrivée rapidement. “
– Saly.D

Naissance de l’idée

La volonté de mettre en relief l’aspect militant de l’art de Lauwaart mise en lien avec le besoin récent de Saly de donner du sens à ses motifs.

“La thématique m’est venue au même moment que l’idée de la collaboration. Lauwaart a cette faculté de retranscrire sa révolte dans son art et je voulais renouer avec ce procédé.
J’avais envie d’exploiter la dimension militante et altruiste de l’art. Lauwaart semblait être la bonne partenaire pour ce projet. Sans jouer le rôle d’une doyenne, elle me rappelait celle que j’étais à mes débuts d’artiste. 
Le choix de rendre hommage à des personnes m’est aussi apparu rapidement, Lauwaart évoluant dans le portrait, il me paraissait évident de développer notre collaboration dans cette direction.
Quant aux personnages choisis c’était avant tout pour inscrire notre démarche dans l´actualité, offrir notre soutien à ceux de notre génération qui prennent de risques pour dénoncer les injustices et mettre fin aux inégalités imposées au peuple noir depuis trop longtemps.
Représenter ces 4 femmes était aussi une volonté de mettre en avant l’amour et la solidarité qui existe entre les femmes noires d’où qu’elles viennent.”
– Saly.D

“Suite à l’accord de la collaboration, la question à laquelle nous avons vite répondu était “Que fais t-on?”. *
De son côté, Saly connaissait suffisamment l’essence de mon art, de mon univers, ajouté à sa volonté de pousser son propre univers, 
De mon côté, je ressentais comme toujours le besoin d’illustrer, de marquer, d’honorer les personnes qui me touchent d’une manière ou d’une autre. 
Néanmoins, en ces temps particulier entre les manifestations, les procès, et les injustices auxquelles font face les jeunes martiniquais, et particulièrement les femmes de ma génération sur ma terre natale, il était important de transmettre de l’amour, de la force, et de mettre en lumière cette solidarité, sororité si souvent diminué, ignoré ou oublié.”
– Lauwaart

Faire cohabiter les deux univers artistiques

“Par amour du challenge, je voulais être capable d’associer mon travail à celui d’une artiste que j’admire. J’étais loin d’imaginer tout ce qui allait découler de cette collaboration. Je savais qu’aucune d’entre nous n’allait “écraser” l’univers de l’autre car nos tempéraments ne le présageaient pas. Toutefois, allions-nous produire une œuvre qui aurait de la personnalité ? Parviendrions-nous à faire passer et faire comprendre notre message ?”
– Saly.D

“L’un des aspects de cette collaboration qui m’a le plus tenu à cœur était de respecter l’univers de Saly, sans pour autant le cacher, ou de diminuer de quelconque façon.
L’idée était bonne mais le premier procédé technique que j’avais en tête permettait certes le respect des deux univers, mais cela au détriment de l’homogénéité finale de l’œuvre. Il a donc fallu que chacune s’adapte en fonction des besoins, et de l’univers de l’autre.”
– Lauwaart

Rencontres au lab :

Le support

“Pour toutes les collaborations réalisées je souhaitais un support papier avec de la texture pour donner de la profondeur à nos lignes. J’ai un jour chiné dans un magasin de bricolage, un gros rouleau de vieux papier peint, les deux faces sont agréables à peindre et le papier était assez épais pour supporter tout type de peinture.
Nous avons donc décidé de travailler sur une sorte de frise composée de portraits et de motifs. La grande surprise a été au niveau de la dimension de notre œuvre. Représenter ces 4 portraits était déjà un enjeu en soi, nous nous sommes donné un défi supplémentaire en travaillant sur un aussi grand format.”
– Saly.D

“Lors de la première rencontre, j’ai découvert le support papier sur lequel nous allions travailler, et j’ai ramené les couleurs qu’en amont à cette rencontre nous avions choisies.
A ce moment, nous ne savions pas encore qui serait représenté et quelles seraient les dimensions exactes de l’œuvre. Nous savions que nous voulions représenter 4 femmes martiniquaises, et nous avons donc commencé par mesurer une zone pour une portrait que nous avons ensuite reporté 3 fois de plus.”
– Lauwaart

Phase création des motifs et des mots-clés

“J’ai toujours voulu mêler mon art aux mots. Mais lorsque j’ai décidé de concentrer mon art sur les motifs je ne savais plus comment allier ces deux techniques. Au début de la collaboration cet agencement de motifs et mots est venu très naturellement, j’ai effectué quelques tests sur papier au préalable. Nous avons réfléchi ensemble aux mots que nous souhaitions voir figurer sur notre toile. Ces mots très simples devaient aller de pair avec le thème de l’œuvre à savoir la lutte, l’hommage aux ancêtres, la résistance etc.. Les motifs devaient être bien calibrés pour que Lauwaart puisse réaliser les portraits sans être gênée et sans que ces derniers n’écrasent les motifs. Ce travail d’ajustement s’est fait au début, une fois que nous étions d’accord sur le type de motifs le travail s’est déroulé aisément.”
– Saly.D

La cohabitation des deux méthodes de travail

“Il fallait que l’on puisse partager nos visions de manière claire avant la réalisation de celle-ci sur toile. C’est cool de pouvoir en parler pour visualiser, mais c’est beaucoup plus simple de pouvoir montrer sa vision l’une à l’autre. C’est aussi une façon de s’inspirer et de construire ensemble, et pour cela, rien de plus pratique que le digital. Nous avons donc fait des tests couleurs et de positionnement très facilement et rapidement, de quoi pouvoir se projeter chacune dans la même direction.”
– Lauwaart

“Avec mon petit échantillon de motifs que j’avais réalisé sur papier, nous avons ensuite travaillé avec l’aide de la tablette de Lauwaart . Cette étape nous a beaucoup permis de nous projeter de visualiser ce qu’allait devenir notre œuvre commune. C’est à ce moment-là que j’ai découvert une nouvelle manière d’organiser les étapes de réalisation d’une œuvre, et ça a complètement bouleversé ma façon de concevoir mes œuvres. Nous avons, je pense, vraiment réussi à faire cohabiter nos univers ainsi que nos procédés de travail. Mon côté spontané s’est associé au côté réfléchi de Lauwaart et nous nous sommes inspirées l’une de l’autre pour évoluer dans nos arts respectifs.”
– Saly.D

Les premiers coups de pinceaux de Saly

“Nos étapes de réalisation se sont parfois déroulées en parallèle, parfois l’une après l’autre et à certains moments celles-ci se sont entremêlées. Je n’ai jamais eu l’impression de travailler de la même manière sur cette fresque. Au départ, je me suis chargée de peindre le fond rouge pendant que Lauwaart réalisait ses croquis de portraits sur papier. Au moment d’appliquer les motifs en vert le premier portrait (celui de Mona) a commencé à apparaître sur le support. Nous étions vraiment pressées de voir ce que ce projet allait donner. Nous aurions pu attendre que le fond soit complètement rempli de mes motifs et que Lauwaart ait terminé de dessiner tous les portraits sur papier. Mais nous avons décidé d’avancer selon nos envies… et notre impatience !”
– Saly.D

Les portraits de Lauwaart sur papier puis sur toile

“Avant que Saly ne se mette à peindre, nous avions décidé ensemble des femmes qui seraient représentées. Rien n’était concrètement acté avant cette discussion.
De cette façon, pendant qu’elle réalisait ses motifs et donnait vie à son univers, moi je faisais l’étude des portraits sur papier brun en prenant soin de bien travailler les proportions et déterminer les zones d’ombres et de lumières.
Une fois tous mes portraits réalisés sur papier, j’ai pu commencer le 1er portrait sur la toile, celui de Mona, puis Alexane, puis Jay, et pour finir Cha.”
– Lauwaart

Apprentissage de fin de collaboration et ouverture vers une possible nouvelle collab

“Je peux vraiment dire qu’il y a eu un avant et un après cette collaboration. Sur le plan artistique, j’ai été enrichie de cet échange bienveillant. Nos façons de travailler s’accordent très bien, chacune a pu exprimer son univers. J’ai appris beaucoup de méthodes et d’astuces en travaillant avec Lauwaart et j’en suis éternellement reconnaissante car cette collaboration a donné un nouveau souffle à mon processus de création. J’ai hâte de pouvoir renouveler l’expérience.
D’un point de vue humain, cette expérience a apporté beaucoup de patience, étant donné qu’il a fallu plusieurs séances pour réaliser la fresque, j’ai dû apprendre à respecter les intervalles de création, les temps morts. Les bonnes choses prennent du temps et c’est normal !
J’ai pu voir le reflet de mes états d’âme d’artiste à travers Lauwaart et ça fait du bien de se dire qu’on est pas seule à penser et réagir d’une certaine manière face à notre art.
Suite à la publication de l’œuvre sur nos réseaux sociaux nous avons reçu beaucoup d’amour et de soutien, cela nous a transporté et a renforcé notre attachement à notre art que nous souhaitons engagé.”
– Saly.D

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